Les clés du fils

C’est sur un malentendu que j’ai découvert et lu ce roman. En lieu et place d' »Histoires », un recueil de nouvelles, j’ai découvert la plume de Marie-Hélène LAFON avec « Histoire du fils ». Un bien heureux malentendu car ce roman mérite vraiment le détour.

De passage dans un village, un homme est debout devant une tombe, un nom, ses dates, une histoire et « hésite un instant sur le terme exact à mettre sur ce degré de parenté » (p.159). Une silhouette furtive comme on peut en voir deux ou trois fois par an dans un village. Une image qui invite à imaginer une histoire.

En douze moments clés, l’histoire de ce roman dessine un fils et une famille esquissée autour de lui. Tour à tour, on découvre ce personnage, un nouveau point de vue, l’arrivée ou la disparition d’un membre de la famille et les hésitations d’un fils qui cherche ou non à changer ce que promet la 4e de couverture : « Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. »

Dès le premier chapitre, le ton est donné : les rêves, les pensées, les souvenirs, les sensations, les actes seront au service des moments clés choisis. Ce chapitre révèle un art certain de l’événement-coup de poing et de sa préparation. Un drame dont on cherche ou devine le retentissement au fil de la lecture. Aussi est-il préférable de lire d’une traite ce premier chapitre, bien installé(e), sans interruption possible. Et de la suite de ce roman dense et fluide, vous n’en ferez qu’une bouchée.

Heureusement, tout ne tourne pas autour de cet événement : cela aurait apporté une dimension trop artificielle et fabriquée au récit. L’exercice aurait été trop restreint. Le souffle, court. Ce drame qui porte son once d’horreur est comme toutes les histoires de familles : un point de départ. Il est présent en filigrane mais parfois oublié par la prégnance de ce qui est vécu et narré avec précision et un rythme soutenu.

De fils, il y en a plusieurs. L’inconnu décédé, l’inconnu du père autant que de père inconnu, le fils rêvé, le fils éloigné, le frère adopté, le cousin amusant, le héros loué, le voisin aimé, le mari complexe, le père adoré… Tout un kaléidoscope pour un personnage touchant et bienheureux malgré tout et qui sert de ramification à un récit qui englobe et s’étend malgré lui.

Si vous aimez les histoires de famille, la lecture de ce roman récompensé du Renaudot vous plaira. Le parti-pris de sa structure narrative ravit et est exploité avec finesse. C’est une oeuvre qui mérite qu’on oublie ce prix car le coup de projecteur est dépassé, largement.

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